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Un signal de fumée pour annoncer la modernité

Il y a 175 ans, en juin 1844, le premier train à vapeur circulait en Suisse. Une bonne raison d’en faire un anniversaire national... du moins si la naissance du rail en Suisse n’avait pas été fixée à l’année 1847.

Un signal de fumée pour annoncer la modernité
Un signal de fumée pour annoncer la modernité

Il y a 175 ans, Bâle se cachait encore derrière des remparts. Quand le chemin de fer est arrivé dans cette riche ville commerçante du bord du Rhin, on a construit une nouvelle porte spécialement pour lui et la première gare de Suisse a été adossée aux remparts. Cela démontre à quel point le chemin de fer a remodelé le pays: il a fait naître la Suisse industrielle ainsi que la mobilité débordante que l’on connaît aux Suisses.

Quand le progrès côtoie le retard

Mais l’anniversaire du chemin de fer en Suisse ne célèbre pas la première liaison ferroviaire, celle entre la ville frontalière française de Saint-Louis et Bâle, mais plutôt celle entre Zurich et Baden, pourtant construite trois ans plus tard. D’ailleurs, c’est en 1997 que tout le pays a fêté en grande pompe le dernier anniversaire de son chemin de fer: ses 150 ans. Cette ligne allant jusqu’à Baden, surnommée «Spanischbrötlibahn», incarne l’avancée technologique nationale tandis que la ville de Bâle, bien que précurseur, représente le retard de la Suisse par rapport à ses voisins européens.

En effet, la France et l’Allemagne avaient dix d’avance et l’Angleterre vingt quand le rail est arrivé en Suisse. Sans compter que les deux kilomètres de voies entre la frontière et la gare terminale de Bâle, près de l’hôpital universitaire, n’étaient que le bout de la ligne de 140 kilomètres en provenance de Strasbourg, construite par la Compagnie des chemins de fer alsaciens avec les capitaux de riches industriels de Mulhouse. En résumé, le premier train à sillonner le sol suisse n’était pas suisse. Mais c’est pourtant lui qui a fait entrer le pays dans l’ère du chemin de fer.

Huile sur toile signée «L.T. 1847», reproduction CFF Historic

Place au chemin de fer: à Bâle, le départ des trains pour l’Alsace était un véritable spectacle, les badauds investissant les escaliers de la porte spécialement construite pour le train dans le mur d’enceinte. La nuit, l’accès était fermé par une herse. Les passagers de la 1re classe voyageaient dans une berline très chic et ceux de la 3e classe dans des véhicules ouverts. C’est en 1845 que la gare a été inaugurée.

 

Plan de situation de 1843, provenant du Musée historique de Bâle

Derrière les remparts: la première gare bâtie de Suisse, à Bâle, est encore cernée de remparts (en bleu clair sur le plan). La première année, il a fallu se contenter d’une solution provisoire empiétant sur le terrain vague juste derrière le mur d’enceinte. Il s’agissait d’une cabane en bois sommaire et d’une voie de contournement pour les locomotives. Le bâtiment voyageurs de 1845, situé sur l’actuelle Spitalstrasse, était très élégant. Il s’ouvrait sur une large place, avec, de l’autre côté des voies, les entrepôts, et devant la porte du chemin de fer, construite dans le mur d’enceinte, deux bâtiments pour assurer le service.

 

Photo Claude Truong-Ngoc, Wikimedia Commons

La crosse de Bâle à Strasbourg: sur un mur de la vieille gare de Strasbourg construite en 1846, le blason du canton indique la destination. La ligne de 138 kilomètres jusqu’à Saint-Louis a été construite en seulement quatre ans. En 1840, la locomotive en tête du train inaugural a d’ailleurs été baptisée «La Ville de Bâle» en l’honneur de la ville suisse, et des invités de marque ont fêté l’événement à Bâle, bien qu’il ait fallu attendre encore quatre ans avant que les rails n’arrivent en Suisse.